I- Introduction

L’Islam est la loi qui énonce tout ce que le croyant doit faire. La formule de témoignage de foi : « Il n’y a pas de Dieu qu’Allah, et Muhammad est son envoyé » (shahada) montre la relation entre Allah et son Prophète. Allah est l’Etre nécessaire qui exclut tout ce qui n’est pas LUI et inclut tout ce qui est possible et existant. Le Prophète (S.A.W) est le relais entre Allah et les hommes, leur point de jonction conformément au verset où Allah lui enjoint ceci : « Dis, si vous aimez Allah, suivez-moi, Allah vous aimera… ». Deux aspects se dégagent de la shahada : la transcendance d’Allah, mise en évidence, par la formule « Lâ illâha illâlah », et son immense mise en exergue par « Muhammadu Rassûlullah ».

 

L’islam est la plus parfaite des religions, car étant la dernière révélée. Elle rectifie les déviations des religions antérieures, suite à l’introduction du facteur humain dans le message divin. Elle est conforme partout en toute époque. Elle se place dans une perspective de vérité énoncée dans la formule de témoignage de la foi (shahada) : Lâ Illâha Illa Lâhou Muhammadu Rassûlu Lâhi dont la traduction sous un rapport est « point de divinité en dehors d’Allah et Muhammad (saw) est son Envoyé ».

 

La formule Lâ Illâha Illa Lâhou est la racine de l’arbre de l’Islam. Son tronc est Muhammadu Rassûlu Lâhi (saw), ses branches sont la prière, le jeûne, l’aumône, et le pèlerinage. La vertu qui est la réalisation spirituelle constitue ses fruits. La racine du mot Islam est « As-salâmou » qui veut dire la paix.

 

II- Dimensions de l’islam

L’islam comprend trois dimensions. Le Prophète à qui Allah dit : « Nous avons fait de toi une belle référence » nous l’enseigne dans un dialogue avec l’ange Djibril :

 

  • « L’Islam (la soumission), c’est croire qu’il n’y a de Dieu qu’Allah et que Muhammad est Envoyé, prier, jeûner, donner l’aumône et aller à la Mecque si les moyens le permettent ».
  • « L’Imâne (la foi), c’est croire en Allah, en tous ses prophètes, à tous les livres révélés, aux anges, au paradis, à l’enfer et aux décrets, bons ou mauvais ».
  • « L’Ihsân ( la perfection), c’est d’abord adorer Allah comme si tu le voyais en sachant que si tu ne le vois pas, Lui te voit ».

 

L’Islam est la loi qui énonce tout ce que le croyant doit faire.

La prière instaure le dialogue entre Allah et les hommes ; l’aumône met en évidence la nécessité de la charité, car l’homme est un être social et de plus, il doit savoir que «l’autre» est «moi». Le jeûne se fonde sur la nécessité du sacrifice et le pèlerinage est le principe d’un retour à la source, au soi divin.

 

L’Îmân indique ce qu’il faut croire et l’Ihsân est notre adhésion totale à la Vérité et notre conformité totale à la loi. Elle est le bien croire et le bien faire, leur quintessence et débouche sur la Vérité essentielle.

Le bien croire se fonde sur la vérité métaphysique (haqiqa) et le bien faire, sur la pratique invocatrice (zikr).

 

L’Ihsân est discernement intellectuel et concentration unitive.

 

L’Islam est donc, si l’expression est permise, une religion qui efface tout ce qui n’est pas Allah pour que l’existence ne porte que Sa seule marque. Ainsi, chaque élément de la manifestation est un aspect de la seule réalité qu’il reflète. Il est donc compréhensible sous ce rapport que les notions de solidarité, d’unité, d’humanité et d’amour soient très développées en Islam. Allah a dit dans le Saint Coran : « Celui qui tue un homme, c’est comme s’il avait tué l’humanité. Celui qui sauve un homme, c’est comme s’il avait sauvé l’humanité ».

Il dit aussi : « tous les croyants sont des frères ».

 

Ainsi, l’Islam, au-delà de la proclamation de l’existence d’un seul Dieu qui pourfend le polythéisme, appelle à l’adhésion à la vérité selon laquelle il n’y a qu’une seule réalité, Allah en l’occurrence, le monde ne le manifestant que sous un rapport.

Le Prophète (saw) énonce ceci dans un hadith : « ceux qui aiment le plus Allah parmi ses serviteurs sont ceux qui aiment Allah à travers les créatures et aiment les créatures à travers Allah, et qui parcourent la terre afin d’aider les serviteurs d’Allah à s’aimer par Lui et en Lui ».

C’est cette perspective qui explique que l’homme doit « disparaître » au profit d’Allah en agissant non selon son propre vouloir, mais selon la volonté divine qui régit tous les aspects de la vie. « Mourez avant de mourir » nous disait le prophète (saw).Cette mort est extinction de la volonté propre de l’homme devant celle d’Allah, mais elle est aussi connaissance unitive qui éveille à la seule conscience de la seule présence divine. Ainsi, il n’ y a pas un espace de notre vie qu’Allah n’est présent ; de la naissance à la mort, tout porte sa trace : des rites du baptême, du mariage, de la santé, des relations entre individus de l’économie, de la politique, de l’éthique, de l’éducation du sport, entre autres jusqu’aux menus détails de la vie ; rien n’est laissé au hasard. L’occupation de tous les espaces de notre vie par Allah à travers la Sharia ne traduit que l’idée de sa seule présence. Notre conformité à la loi est une traduction par l’action de notre adhésion à cette idée.

 

Allah s’affirme en nous, à travers sa volonté qui nous conditionne et nous détermine ; et notre pratique conforme à sa loi est une reconnaissance du caractère illusoire de notre existence.

Voilà le point de départ de la compréhension de l’Islam dans sa manifestation et qui permet de dépasser l’incompréhension dont elle fait l’objet aussi bien en milieu musulman qu’en milieu non musulman.

 

Au-delà du message non révélé, manifeste, il est question de saisir l’intention divine sous-jacente qui la sous-tend et la justifie. « Les actes ne valent que par leur intention » disait le Prophète (saw). Cependant, cette saisie de l’intention divine n’est accessible à la raison raisonnante teintée de subjectivisme borné. L’accès à Allah n’est possible que par Lui. Il dit au Prophète (saw) dans le Coran, sourate Al-Hijr V9 : « En vérité, c’est nous qui avons fait descendre le coran, et c’est nous qui en sommes garant ».

Le Prophète (saw) disait que « chaque verset a un sens extérieur et un sens intérieur (une limite) et le nombre de significations varient de sept (7) à soixante dix (70) ». Allah accorde le privilège de l’explication à ceux qui s’élèvent à Lui, en leur octroyant selon l’expression du Coran « une lumière grâce à laquelle ils sont guidés ». Ceux-ci sont les croyants dont la cour purifiée, héberge Allah qui ne peut être contenu, ni par les cieux, ni par la terre d’après un hadith Qutsi : « Allah ne peut être contenu ni par les cieux ni par la terre mais Il peut l’être par la cour de celui qui a la foi ».

 

Ainsi, la Sharia et l’exotérisme, au-delà du sens contingent n’offrent pas de points de repères. La Sharia comme l’exotérisme en général, est un moule, un véhicule qui doit conduire à la réalité qu’elle exprime et qui est la vérité universelle (ou religion universelle) donnée à tous les prophètes. Allah dit au Prophète dans le Coran : « la religion que je t’ai donnée est celle que j’avais choisie pour Ibrahima, Moussa, Issa … ».

Celle-ci est l’Islam, quintessencielle commune à tous les prophètes, religion immuable et substance vivante de toutes les formes religieuses et dont la manifestation la plus parfaite fut confiée au Prophète Muhammad (saw).

 

Le but de l’Islam est de nous rendre extérieurement et intérieurement conforme à Allah en nous permettant d’acquérir la transparence spirituelle reflétée par la norme humaine. Elle nous invite à la reconquête de notre nature originelle à partir des lois et leviers qu’elle met à notre disposition pour nous baigner dans la béatitude. « Je ne vous veux que du bien » dit Allah dans le Coran.

Ainsi, seule la conquête du sens intérieur du Coran par la concentration unitive nous permet de saisir toute la beauté et la splendeur de l’Islam, religion de paix, d’amour, de générosité et d’acceptation de l’autre par le suivi de la voie de celui qui est arrivé à Allah qui nous est enjoint le Coran : « Ô vous qui croyez, ayez une crainte révérencielle pour Allah et chercher le moyen d’accéder à Lui. Et endurez dans cette voie pour lui, peut être réussirez-vous ». Cet accès à Lui permet de vivre pleinement ce verset : « Ô âme apaisée, retournes auprès de ton Seigneur, satisfaite et agréée. Rejoins mes serviteurs et entres dans Mon paradis ».

 

Ce retour à Allah qui est ma mort spirituelle avant la mort physique (comme le dit ce hadith cité plus haut : « mourez avant de mourir » est réalisée grâce à la concentration unitive sous la direction d’une autorité spirituelle compétente en la matière. « … Et suis le chemin de celui qui est arrivé à Moi … ». (Sourate 31, verset15)

 

Voilà au-delà des débats ce à quoi nous devons nous atteler pour connaître et vivre véritablement l’Islam qui est la religion de « l’UNITUDE » (Ahadiyatu) et de « l’UNITE » (Wâhidiyatu) divines.

 

Ainsi, le croyant qui vit l’islam dans sa plénitude témoigne par sa façon d’être et de faire, de l’excellence, de la beauté de cette religion, et de l’harmonie qu’elle procure avec soi-même et avec les autres.

Il devient l’être qui vit l’instant qui est un présent intemporel, seul moment où l’individu peut prétendre à la vie. Si chacun analyse sa propre situation, rares seront ceux qui prendront conscience qu’ils vivent l’instant. Nous sommes surtout partagés entre le passé et à travers nos souvenirs, nos regrets … et le futur, par le biais de nos désirs, aspirations et autres. Or le passé n’existe plus et le futur n’est pas encore. Ce qui fait de la plupart des hommes dont la vie scille entre ces deux extrêmes, des êtres psychologiquement morts.

 

Il n’y a de vie que dans l’instant. Or vivre l’instant c’est se libérer de l’instabilité du temps et donc du monde, pour se placer dans la permanence de la présence divine.

En réalité Allah est le temps. LUI qui dit dans un Hadith Al Qudsi : « Ne dénigrez pas le temps, car le temps c’est Allah ». Vivre donc l’instant c’est s’éveiller au souvenir permanent d’Allah ce qui n’est possible que par la réalisation en LUI et par LUI.

 

Parvenir à se réaliser totalement dans l’Islam c’est vivre en connaissance de cause la quintessence de la formule « Lâ ilâha illallah » qui annihile tout ce qui n’est pas Allah au regard de qui « Tout disparaît sauf Sa Face », d’après le Coran. C’est ainsi que notre vie transformée se déroule hors des peurs et des craintes, dans la quiétude, par l’enracinement dans la conscience de Sa seule présence vivifiée par la saisie du sens ésotérique de la shahada. Dans un hadith al Qudsi Allah dit : « Lâ ilâha illalâha est ma forteresse et celui qui y entre est préservé de mon châtiment ». De ce fait la meilleure garantie du salut est fournie par la connaissance unitive d’Allah qui fait disparaître à jamais les ténèbres de l’associationnisme à propos duquel le Prophète (saw) disait qu’il est comme une fourmi noire sur un rocher noir, dans une nuit sombre. Cela met donc en évidence l’extrême difficulté d’en prendre conscience et par conséquent de s’y extraire.

Les connaissants par Allah (Gnostiques) disent que le péché d’associationnisme commence avec la prise de conscience de son propre « moi » qui induit un égocentrisme et un orgueil démesurés. « Lâ ilâha illalâh » est le moyen par lequel nous sommes extraits de l’obscurité de l’associationnisme pour être éclairés par la lumière du tawhîd qui justifie l’envoi de tous les prophètes et l’existence de toutes les religions. Allah nous dit dans le Saint Coran qu’à tous les prophètes, il n’a donné que cette parole. Et le Prophète (saw) dit : « La meilleure parole que j’ai portée, moi et tous les prophètes qui sont venus avant moi est : « Lâ ilâha illalâh » ». Ainsi tout l’Islam se résume à cette formule, et cela est d’autant plus vrai que la foi musulmane ne peut être admise s’il n’a d’abord adhéré à la shahada qui est la formule témoignante ; tout ce qui suit (prière, jeûne, aumône, pèlerinage) ne manifestant que notre acceptation de cette vérité. Mais, peut-on réellement être témoin d’une situation que l’on n’a pas vécu ?

 

En vérité, pour se prévaloir de la qualité de témoin il faut nécessairement vivre sur ce quoi doit porter le témoignage ; c’est ce que dit le Coran dans la bouche du Prophète YUSUF qui énonça ceci : « je ne témoigne que ce dont je suis connaissant ». Cette connaissance doit non seulement précéder tout témoignage, mais aussi toute adoration. Dans un hadith al qudsi Allah dit ceci : « Connaissez-moi avant de m’adorer, car si vous ne me connaissez pas, comment pourriez-vous m’adorer ? » C’est cette connaissance que des Sahabas (compagnons du Prophète) et des générations de saints ont recherché pour justifier leur existence, conformément à ce Hadith Al Qudsi « j’étais un trésor caché, j’ai voulu que me l’on me connaisse, et je créai une créature (un être) et m’y fis connaître et c’est seulement par cette créature que l’on me connaîtra ».

 

 

L’imam Ali fut l’un des premiers à accéder à ce savoir auprès du Prophète (saw). Il se rendit un jour chez lui et lui demanda de lui donner en exclusivité un savoir qu’il n’a jamais dispensé auparavant. Alors le Prophète (saw) lui demanda de fermer les yeux et de prononcer trois fois « Lâ ilâha illalâh », ce que fit Ali qui parvint à la suite de ce procédé à la connaissance de son Seigneur Très Haut. Mais en réalité personne ne peut être Allah qu’Allah Lui-même. Ainsi le contact Prophète /sahaba, ou maître /disciple ne permet que de placer celui qui aspire à ce savoir dans une perspective où Allah devient « l’oreille par laquelle il entend, l’oeil par lequel il voit, la main par laquelle il touche, le pied par lequel il marche. en sorte que Je (Allah) le deviens » comme le dit un Hadith Al Qudsi.

 

Donc, point de sortie de l’associationnisme si ce n’est par la connaissance divine. Allah nous dit dans le Coran : « Rien ne Lui ressemble, Il est celui qui entend et qui voit »

Qui sort de l’associationnisme connaît le salut suprême, car il demeure le seul pêché qu’Allah ne pardonne pas.

 

Cette connaissance qui procure le grand Tawhîd, passe de façon ramassée par ces étapes :

 

  • La connaissance de l’essence divine (Tawhîdu zât),
  • La connaissance des qualités divines (Tawhîdu çifat),
  • La connaissance des noms divins (Tawhîdul asma’i),
  • La connaissance des actes divins (Tawhîdul af’âl).

 

Cette connaissance n’est pas un savoir livresque délivré dans le cadre d’un enseignement théorique. Elle est une expérience vécue dans un cadre où tout ce qui n’est pas Allah disparaisse pour que Lui seul subsiste. C’est cela qu’annonçait le Prophète (saw) lorsqu’il disait qu’il est des moments de sa journée où rien ni personne ne peut s’interposer entre son Seigneur et lui. Cette expérience unique suscite une dynamique qui fait osciller l’individu entre l’extinction en Allah (Fanâ’u) et la subsistance en le Prophète (Baqâ’u) dans ses différentes modalités. Cette expérience est une transmutation spirituelle qui fait évoluer l’individu, par un mystère indicible sur deux plans parallèles. Nous n’irons pas loin pour éviter de rendre difficile la compréhension car il s’agit beaucoup plus d’un vécu que d’une théorie. A ce stade, celui qui est parvenu à ce niveau de réalisation devient celui qui se repose dans l’effort ; car tout en s’engageant entièrement et en toute responsabilité, il s’abandonne en même temps à Allah, le Maître de toute chose.

Voilà la source de la quiétude quels que soient les événements et les situations que nous traversons. Mais ceci reste difficilement compréhensible pour la raison raisonnante qui concilie difficilement sur un même plan des contraires. Ceci est la preuve que la réalisation spirituelle ouvre des possibilités insoupçonnées à l’intellect en lui permettant d’expérimenter d’autres modes opératoires, qui lui donnent de plus grandes ouvertures à la vérité. C’est ainsi une preuve que le spirituel n’évolue pas en marge de l’intellect, mais mieux, il lui offre un cadre d’expression de possibilités d’étalement de capacités d’acquisition d’une finesse et d’une perspicacité qui permettent de suivre le cours des méandres de la connaissance supra-rationnelle. Voilà au niveau intellectuel, une des ouvertures que permet la pleine compréhension de la formule « Lâ ilâha illalah ».

Au plan du vécu intérieur et du comportement, les résultats sont une métamorphose de l’individu qui devient pacifié, imperturbable, baignant dans un bonheur ineffable cultivant un grand sens de la solidarité et de la générosité car voyant l’autre en lui et se voyant en l’autre. Il vit en harmonie avec les autres, ne s’appuyant que sur Allah et non sur les créatures. Il atteint la station où il perçoit qu’Allah est le seul Agent et que les créatures ne sont en rien responsables des dommages et /ou bienfaits qui lui arrivent. Il cultive un idéal de bien et respecte scrupuleusement la loi divine. Il fait partie du cercle des constants à propos desquels Allah dit ceci dans le Coran : « Ceux qui sont constants recevront sans compter leur rétribution ». Il sera de ceux à qui Allah « accorde des subsistances, sans compter ». Il cultive la crainte révérencielle qui est la clé de toutes les portes. Allah dit toujours dans le Coran : « Quant à celui qui craint Allah, Allah donnera issue favorable à ses affaires, Il lui accordera ses dons par des moyens sur lesquels il ne comptait pas ». Seul celui qui connaît son Seigneur peut le craindre à la hauteur de sa Grandeur.

Nous ne saurions égrener tout le chapelet de qualités qu’Allah gratifie à un tel serviteur, tellement les promesses divines à son endroit son nombreuses.

 

Pour nous résumer, nous dirons qu’il est celui à qui Allah seul suffit conformément à ce verset : « Allah ne suffit-il pas à son serviteur ? ». Ce serviteur est celui qu’aucun souci ne trouble et dont « …l’âme apaisée, retourne vers son seigneur satisfaite et agréée … » (Verset cité plus haut).

 

La perfection de toute chose réside dans le retour à son origine. Le fruit est un arbre en puissance qu’il manifeste dans un cycle connu de développement dont la perfection est l’apparition de ce même fruit. Au début, il y’avait le fruit, à la fin, il y’a aussi le fruit. La vie dans l’Islam commence par l’acceptation et la prononciation de la Shahada. Elle débouche sur la pratique d’un ensemble d’actes qui corroborent notre adhésion à cette religion. Cependant, cette pratique n’est pas une fin en soi, mais elle constitue une voie jalonnée dont le terme est le vécu de la quintessence de la Shahada. Voilà la perfection de l’adoration et, en résumé, Tout l’Islam.



Faire connaître l’Islam

Souvent un embrouillement règne lorsqu’il s’agit de parler de l’Islâm, littéralement traduit par « La Paix ou la Soumission ». Les conflits de sensibilité ou de tendance sectaires établissent d’emblée un dialogue de sourds entre détracteurs exacerbés et adeptes excités, interdisant ainsi tout échange circonspect.

Il convient alors de savoir que l’islam véritable est sans rapport avec l’image qu’en donnent certain de ses adeptes, ni avec celle que ses détracteurs se sont évertués à donner de lui. Son idéal spirituel ne correspond nullement à l’idée que les uns et les autres continuent de s’en faire.

C’est désireux donc d’apporter des éclaircissements à des esprits en carence d’informations claires et objectives, que nous avons entrepris d’expliquer à travers cet article, l’islam substantielle, afin de faire connaitre la vérité islamique à ceux qui l’ignorent encore, musulmans comme non musulmans.

 

Après avoir montré comment saisir le contenu du message islamique (I), nous dirons comment comprendre l’islam (II) et pour terminer nous verrons comment vivre pleinement l’islam (III).

 

I- Saisir ce à quoi nous invite l’islam

L’islam est une loi (sharia) et une voie. Elle renvoie à une façon de faire (morale) et à une façon d’être (vertu). Cependant, nous assistons de plus en plus à sa sécularisation, à sa réduction en morale religieuse et à sa conversion en théologie sociale ; à la prépondérance de l’élément loi sur la doctrine, de la pratique aveugle sur l’expérience éprouvée.

 

La pratique est adhésion à une modalité d’expression de la vérité immuable et exprimée (Haqîqa) qui la vivifie de sa sève nourricière. Elle n’est pas une fin en soi, mais prépare (par le cadre qu’elle offre) le réceptacle humain, à l’accomplissement spirituel, telle Mariâma (Marie) enfantant ‘Îssâ (Jésus).

 

Mariâma est l’équivalent hébraïque du Nom arabe ‘Abdallâh qui signifie le serviteur d’Allah. Elle est la personnification de l’intention sincère (qui résume tout l’islam) de sa mère qui en fait don à son Seigneur (cf. sourate III verset 35)

 

Vue sous un certain angle, Mariâma pourrait symboliser l’homme accompli dans la loi, prêt à recevoir le souffle angélique (Vérité Essentielle) au contact duquel se produit la naissance spirituelle. L’évènement impliquant la triade Mariâma, l’Ange (Gabriel) et ‘Îssâ est dans cette perspective une donnée placée au centre de la problématique spirituelle de la vie de chaque croyant.

 

Cet évènement est une invitation à une naissance spirituelle pour être conforme à notre vocation qui est de devenir Muhammad (SAS), la Norme humaine. Cette réalisation est rendue possible par l’actualisation en nous de ce pan de la métahistoire au centre de laquelle est placée la sainte Mariâma.

 

Une telle actualisation passe par notre éveil à l’Islam qui nous pousse au repentir (Tawba), nous incite à la droiture (Istiqâma) et nous inculque la crainte pieuse (Taqwa). Cet éveil réalisé, nous devenons subséquemment réceptif au message de la foi (Iman) dont le contenu est la véracité (Çidqu), la pureté (Ikhlâs) et la quiétude (Tuma’nîna). L’adéquation au message précité nous hisse à la hauteur de pureté (Ihsân) qui cultive en nous la vigilance (Murâqaba), nous dispose à la contemplation de Dieu (Mushâhada) et nous fait parvenir à la connaissance unitive (Ma’rifa).

Par conséquent, en parcourant la voie jalonnée par la trilogie Islam – Imân – Ihsân, nous revisitons à travers les symboles l’histoire de la sainte Mariama (toujours actuelle et renouvelée en chaque croyant aspirant à la sincérité), dont la féminité traduit la réceptivité et la porosité au divin. Il est ainsi question pour nous de parvenir à nous mouler dans la loi, à nous prédisposer à être un réceptacle de la Vérité Essentielle (qu’offre le parcours initiatique), et naître des cendres de nos vaines prétentions, en irradiant la Beauté et la Perfection prophétiques. Voilà ce à quoi nous invite l’islam.

 

II- Comprendre l’Islam

Comprendre l’Islam, c’est comprendre que nous sommes un microcosme dont chaque instant de vie est une page du Coran éternel qui nous invite au décryptage de ses signes (Âyât) en et autour de nous. Comprendre l’Islam, c’est comprendre que le savoir obvie (Sharia) est un tremplin à l’absorption en Dieu et à la subsistance (baqa’u) en le Prophète (SAS) ; que la pratique doit déboucher sur la connaissance ésotérique (Ma’rifa) ; que c’est parce que nous avons réformé notre vie par le savoir expérimental que nous sommes musulman. Comprendre l’Islam, c’est comprendre que plus qu’une religion du salut, elle nous rend capable de Dieu et nous ouvre dès ici-bas, une fenêtre sur l’infini. Comprendre l’Islam, c’est comprendre que l’exotérisme (Sharia) est un véhicule, un support de la Vérité intérieure (Haqîqa) qui est sa raison d’être et à laquelle elle nous invite. Comprendre l’Islam, c’est nous épanouir dans l’amour, dans une vie de paix intérieure, de sincérité et de sainte sagesse où tout est vu en Dieu, par et pour Lui. Comprendre l’Islam, c’est aller vers l’autre dans un élan d’amour et de générosité dans une perspective où l’Ego (moi) s’identifie à l’Alter (l’autre). Comprendre in fine l’Islam, c’est prendre conscience que vivre, c’est se réaliser spirituellement par l’enracinement profond dans la foi et la certitude.

 

III- Vivre l’islam dans sa plénitude

L’Islam est la religion de la vérité. Elle propose un système de vie socio-économique sans faille. Cependant, nous assistons de nos jours, à une situation des musulmans et de leurs états qui semble contredire cette suprématie de l’Islam. Et en plus de leur retard en développement, ces musulmans se voient aujourd’hui opinés, dominés et manipulés par des forces non croyantes, alors que Dieu leur avait donné une promesse dans le Coran, lorsqu’Il dit : « … Jamais Dieu ne donnera voie aux mécréants contre les croyants » (cor 4, 141). Que s’est-il donc passé ?

 

Puisque Allah ne faillit jamais à sa promesse. Ce sont les musulmans qui n’ont pas réellement vécu l’Islam que vivaient le noble prophète (SAS) et ses compagnons. Ces pieux devanciers (Salaf As-Sâlih) vivaient l’Islam à la fois sous sa dimension extérieure en tant que loi (Sharia) et sous sa dimension intérieure (Haqîqa) dans une démarche d’équilibre qui place le musulman dans la station de l’homme réalisé (universel).

 

C’est cet état qui lui confère ainsi un statut d’un serviteur agréé mais aussi d’un acteur de développement avéré, ouvert à toutes les cultures de ce village planétaire pour qui triomphent la paix et la tolérance.

 

C’est cet Islam qui permet de voir en la diversité ethnique et idéologique une richesse comme l’annonce ce verset : « Ô vous les hommes, nous vous avons créés d’un seul être (Adam) et vous avons divisés en groupes et en ethnies pour que vous vous connaissiez ».

 

In fine, c’est cette manière de vivre l’Islam qui place le musulman dans la station de la vertu (Ihsân), la quintessence de la religion. Et c’est véritablement sous cette dimension que les non musulmans pourront percevoir et admirer la toute perfection de l’Islam. Il s’avère dès lors évident que la seule issue pour les musulmans c’est un retour total et dévoué à la Source.