Origine

Le nom ramadan a été donné au neuvième mois dans le monde arabe bien avant l’arrivée de l’islam. Le mot lui-même est dérivé de la racine: composée de rā, mīm et ḍād, elle désigne la chaleur de l’été. Pour M. Plessner, elle indique que, dans le calendrier lunisolaire préislamique, le mois tombait en été. Pour L’encyclopédie de l’Islam, seulement deux mois séparant le ramadan d’un autre mois dont l’étymologie pourrait être liée au froid, « cette question de savoir si les mois en Arabie centrale étaient véritablement liés à des saisons particulières est controversée. »

Selon la tradition, l’archange Gabriel est apparu au prophète Mahomet lors de la 27ème nuit du mois de ramadan pour lui révéler le Coran. C’est la « nuit du destin » (Laylat al-Qadr). Afin de célébrer cet événement majeur de l’Islam, le jeûne a été instauré durant ce mois sacré de ramadan la deuxième année de l’Hégire (le calendrier islamique), soit en 624 de l’ère chrétienne.

Les références au jeûne se trouvent dans les versets 183-1 183-2 de la deuxième sourate du Coran : « Ô croyants ! Nous vous avons prescrit le jeûne (Al-Siyam) comme nous l’avons prescrit à ceux d’avant vous… » Sociologue spécialiste de la culture arabo-islamique et professeur à l’université de Québec à Montréal (Canada), Rachad Antonius explique que le jeûne du ramadan est un héritage du judaïsme et du christianisme. « Le Coran s’inscrit dans la continuité de l’Ancien et du Nouveau Testament ainsi que des Évangiles. Le jeûne n’a rien de nouveau sur le fond : c’est toujours un moyen d’affermir sa volonté face aux désirs et aux passions », ajoute le sociologue.

Laylat al-Qadr

Laylat al-Qadr (Nuit du Destin), considérée comme la nuit la plus sainte de l’année, est une commémoration observée au cours de l’un des dix derniers jours impairs du mois. C’est au cours de cette nuit que le Coran aurait été révélé au prophète Mahomet par l’archange Gabriel. Sur la base du Coran, pour les musulmans cette nuit est « meilleure que mille mois » de prières, de bonnes actions et d’invocation : prier tout au long de cette nuit est ainsi autant récompensé que prier durant mille mois ; de nombreux musulmans passent donc une partie (ou toute la nuit pour certains) à prier ou lire le Coran. Selon le sunnisme, cette nuit est la 21e, la 23e, la 25e, la 27e ou la 29e du mois alors que, selon le chiisme, cette nuit est la 19e, la 21e ou la 23e du mois. Toutefois, la véritable date reste impossible à déterminer.

L’origine syriaque de certains termes utilisés dans la sourate 97 parlant de la Nuit du Destin permet d’y reconnaître un texte — « shahr » signifiant « vigile nocturne » en syriaque — issu du domaine de la liturgie syriaque de Noël. Pour Christoph Luxenberg, cette sourate évoquerait donc la descente de Jésus avant d’avoir été réinterprété en descente du Coran.

Aïd al-Fitr

La fête islamique de l’Aïd el-Fitr, le 1er chawwal, marque la fin de la période de jeûne et le premier jour du mois suivant, après qu’une autre nouvelle lune a été repérée12 ; l’Aïd arrive donc après 29 ou 30 jours de jeûne. Aïd el-Fitr désigne la fête de la rupture du jeûne, l’occasion de célébrations et de fêtes. Lorsque le jeûne est terminé, les musulmans se rendent dans les mosquées en début de matinée, vêtus de leurs plus beaux vêtements (souvent nouveaux), pour la première prière de l’Aïd. Des présents sont ensuite remis aux enfants, des festins sont organisés et des visites aux parents et amis effectuées ; des aliments sont aussi donnés aux pauvres (zakat al-fitr). Les musulmans profitent de ce jour de fête pour rendre visite à leurs amis proches et leur famille. Certains musulmans considèrent qu’une fête doit durer 3 jours, donc ils célèbrent l’Aid pendant 3 jours. La prière est de deux rak’aahs seulement et elle est optionnelle (sunat) par opposition aux cinq prières quotidiennes prescrites.

Durant le mois suivant, appelé chawwal, les musulmans sont encouragés à jeûner pendant encore six jours connus sous le nom as-sitta al-bid.

La pratique du jeûne

« La nouveauté réside dans le fait que ce jeûne se fait du matin jusqu’au soir, selon les rythmes naturels des sociétés anciennes », continue Rachad Antonius. En effet, durant le mois de ramadan, les musulmans ne doivent pas manger, ni boire, ni avoir de relations sexuelles ou fumer pendant la journée. Ces interdits sont respectés entre la première prière avant l’aube (as-soubh) et la quatrième de la journée (al-maghrib).

« Il s’agit de se priver pour favoriser une spiritualité et une réflexion. L’idée n’est pas de s’arrêter de manger comme un rituel en soi, c’est aussi une forme de contrôle et d’ascétisme », résume Rachad Antonius. Chercheur associé à l’Institut de relations internationale et stratégiques (IRIS) et animant un séminaire de « géopolitique des religions », Slimane Zeghidour ajoute que « ce n’est pas une simple privation de nourriture, mais aussi une pénitence, le moment d’oublier les querelles et de pardonner ».